Depuis son implémentation en France, le BIM ne cesse de gagner du terrain : 30% des projets immobilier étaient réalisés en BIM en 2017 et les incitations de l’Etat contribuent fortement à la transition numérique des entreprises du bâtiment.

Pourtant, si le BIM semble bien parti pour devenir une méthodologie de référence dans la gestion de projet, son adoption ne fait pas encore l’unanimité : dans les années qui viennent, il va devoir convaincre les acteurs les plus traditionnels du BTP, au risque de rester une méthodologie de travail minoritaire s’il n’y parvient pas. Dans la courbe d’adoption des produits ou des services innovants, le BIM est à un moment charnière : va-t’il réussir à être adopté par la majorité des professionnels du milieu ?

enjeux de l'adoption du BIM en France

Le gouffre technologique du BIM illustré !

Le gouffre technologique : la dernière épreuve du BIM

A une époque où les innovations technologiques bouleversent nos quotidiens personnels et professionnels à toute allure, Geoffrey Moore, un consultant de la Silicon Valley, s’est demandé pourquoi certaines innovations étaient utilisées par tous, tandis que d’autres ne parvenaient jamais à intéresser le public. Il a ainsi créé une courbe d’adoption des innovations, basée sur une courbe de Gauss : lorsqu’un nouveau produit ou service est lancé sur un marché, il plaît d’abord aux “early adopters” c’est-à-dire les individus ou les entreprises qui ont une appétence pour l’innovation et les nouvelles technologies. Une fois ses premiers utilisateurs convaincus, il doit ensuite se faire adopter par les acteurs plus traditionnels du marché : ils sont majoritaires et ce sont eux qui vont déterminer son succès. Si beaucoup de produits ou de services innovants parviennent à convaincre les “early adopters”, beaucoup ne parviennent pas à plaire à la majorité de leur public cible : c’est le fameux “gouffre technologique” qu’ils ne réussissent pas à passer.

Pour le BIM, l’enjeu est similaire : une minorité d’entreprises ont passé le cap et travaillent en BIM. Mais il faut encore convaincre la majorité des acteurs du bâtiment, et ils sont bien plus résistants au changement !

 

Comment favoriser la transition numérique des entreprises du bâtiment ?

Pour le BIM en France, la problématique est très actuelle : comment dépasser les 30% d’utilisateurs et être utilisé par la majorité des entreprises du BTP ? Aujourd’hui, de nombreuses initiatives se croisent pour convaincre de la valeur ajoutée du BIM, pour accompagner les équipes qui souhaitent y recourir, et pour capitaliser sur la forte incitation de l’Etat.

En voici quelques exemples :

  • Il existe des associations de professionnels qui font un fort travail d’évangélisation comme Mediaconstruct ou Novabuild,
  • L’arrivée de formations diplômantes comme le master “BIM Manager” des Ponts et Chaussées permettent aux professionnels et étudiants de se former et de travailler avec des entreprises françaises.
  • Les salons du BIM comme le BIM World ou le BtoBIM rencontrent un succès toujours croissant ! En plus de permettre aux professionnels du BIM de se rencontrer, ils dédient toujours une partie de leurs conférences aux acteurs intéressés par le sujet, mais qui n’ont pas encore passé le cap.

 

Chez BIMinMotion, nous accompagnons les acteurs du bâtiment dans leur transition numérique : nous nous sommes donné pour mission de contribuer à l’expansion du BIM en France et nous nous impliquons pour cela dans de nombreuses initiatives. Suivez-nous sur twitter pour en savoir plus !

Pour aller plus loin : Don’t get trapped in the BIM chasm de BIM Strategy.


Le BIM se veut au service du développement durable : en limitant les erreurs de construction, en harmonisant les échanges entre acteurs publics et privés, et en permettant aux gestionnaires de patrimoine d’anticiper sur l’entretien de leurs biens, il permet de faire gagner un temps et un argent précieux à ses utilisateurs. Le problème bien sûr, c’est que changer sa façon de travailler, ça a un coût : il faut former les équipes, investir dans de nouveaux logiciels, et faire quelques erreurs au départ. Pour beaucoup d’entreprises, l’apport du BIM ne justifie pas un tel bouleversement de leurs pratiques : sceptiques sur son apport, elles estiment que le coût de sa mise en place est trop élevé par rapport à ce que la maquette numérique leur apporterait sur le long terme.

Pour répondre à cette question, le cabinet de conseil PwC a mené, pour le compte du gouvernement britannique, une étude sur les bénéfices du BIM dans le secteur public.Résultats : mener un projet en BIM, c’est économiser entre 1,5 et 3% par an sur toute la durée de vie du bâtiment. Pour l’Angleterre, cela correspond à une économie de 400 millions de livres par an !

 

Ce que le BIM apporte au BTP

Pour chaque corps de métier, le cabinet PwC a estimé précisément ce que le BIM leur faisait gagner. Les consultants du cabinet ont interrogé chaque partie prenante, comparé son activité sans, et avec l’usage du BIM, puis calculé le gain financier que le BIM représentait pour eux.

Voici quelques statistiques :

  • ⅗ des bénéfices totaux sont liés à la gestion de patrimoine. La maquette numérique aujourd’hui est un véritable plus pour l’entretien des équipements !
  • Pour les architectes, le BIM représente un gain financier de 5% sur l’ensemble des coûts de la conception
  • Le reste des gains (environ 20%) est réparti sur la phase de construction.

Si le coût de l’implémentation du BIM n’a pas été intégré au calcul, l’étude met en avant les bénéfices du BIM sur le long terme. Pour le marché des infrastructures anglaises, qui a représenté 31 milliards de livres en 2017, le gain de 400 millions de livres est significatif !

 

Mesurer exactement l’apport du BIM : les prochains enjeux.

Quoi que prometteur, le rapport PwC a manqué de données pour être vraiment complet. Dans les années qui viennent, le cabinet de conseil prévoit d’appliquer à nouveau sa méthodologie de calcul sur d’autres projets pour tenter de quantifier les zones d’ombres restantes. Parmi les éléments qui restent à analyser, on retrouve le gain de temps effectif, l’argent gagné sur les conflits détectés en amont de la construction ou encore une méthodologie plus fiable pour l’implication des parties prenantes dans le projet.

Malgré ses limites, cette étude a rencontré du succès, et le cabinet prévoit de réutiliser sa méthodologie de calcul des apports du BIM (Benefits Measurements Methodology – BMM) pour construire de futurs projets. Pour les entreprises du bâtiment, anticiper sur les coûts et comprendre ce qu’elles pourraient gagner à gérer un projet précis en BIM, c’est aussi un excellent moyen de passer le pas !

Pour aller plus loin, l’ensemble du rapport de PwC est disponible ici.